Célina SILVA
Consultante et formatrice en sécurité relationnelle · Prévention des tensions et des violences · Accompagnement psychocorporel (traumas) · Ateliers et formations sur mesure
Célina SILVA
Consultante et formatrice en sécurité relationnelle · Prévention des tensions et des violences · Accompagnement psychocorporel (traumas) · Ateliers et formations sur mesure
Il y a des enfants qui parlent facilement de ce qu'ils vivent. Et il y en a beaucoup d'autres qui ne parlent pas — ou qui ne savent pas encore comment mettre des mots sur ce qu'ils ressentent. Ce n'est pas de la résistance. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est simplement que le corps parle souvent avant les mots, et parfois à la place des mots. Ce que je vois dans mon travail avec les enfants et leurs parents, c'est que les signaux sont souvent là bien avant que la situation ne devienne préoccupante. Ils attendent juste d'être reconnus pour ce qu'ils sont.
Les enfants ont une capacité particulière à somatiser — c'est-à-dire à exprimer dans le corps ce qui ne peut pas encore être dit avec des mots. Ce n'est pas une faiblesse. C'est un mécanisme normal du développement, et c'est aussi une forme d'intelligence corporelle qui mérite d'être entendue.
Un enfant qui vit quelque chose de difficile — une séparation parentale, un climat familial tendu, une situation de violence ou d'insécurité, une expérience traumatique — va souvent l'exprimer à travers son comportement et son corps avant de pouvoir le formuler verbalement.
Les signaux peuvent être très différents d'un enfant à l'autre. Certains deviennent agités, impulsifs, hyperactifs — comme si le corps ne pouvait plus se poser. D'autres se replient, deviennent silencieux, perdent l'appétit ou le sommeil. Certains développent des douleurs récurrentes — maux de ventre, maux de tête — sans cause organique identifiée. D'autres encore régressent : recommencent à mouiller leur lit, à sucer leur pouce, à demander à être portés.
Ces comportements ne sont pas des caprices. Ce sont des messages.
Ce qui est difficile pour les parents — et je l'observe souvent — c'est l'incertitude. On voit que quelque chose ne va pas. On sent que l'enfant n'est pas bien. Mais on ne sait pas toujours quoi faire, ni même si ce qu'on observe est "assez grave" pour consulter.
Il y a aussi parfois une forme de culpabilité. Est-ce que je suis la cause de ce que vit mon enfant ? Est-ce que j'aurais dû voir plus tôt ? Est-ce que je fais bien ce qu'il faut ?
Ce que je veux dire aux parents qui se posent ces questions : le fait de les poser est déjà un signe que vous êtes attentifs. Et l'attention, c'est déjà une forme de protection pour un enfant.
Il n'existe pas de liste universelle — chaque enfant est différent, et c'est toujours le changement par rapport à son comportement habituel qui est le signal le plus fiable. Un enfant naturellement agité qui le devient encore plus. Un enfant habituellement sociable qui se referme. Un enfant serein qui développe des angoisses nouvelles.
Quelques signaux qui reviennent souvent et méritent attention :
Des troubles du sommeil nouveaux ou persistants — difficultés à s'endormir, cauchemars fréquents, réveils nocturnes, peur du noir soudaine.
Des plaintes somatiques récurrentes sans cause médicale identifiée — maux de ventre le matin avant l'école, maux de tête fréquents, fatigue chronique.
Un changement de rapport aux autres — retrait social, agressivité nouvelle avec les pairs ou la fratrie, peur excessive d'être séparé d'un parent.
Des régressions comportementales — retour à des comportements d'un âge antérieur, perte d'autonomie acquise.
Une hypervigilance — enfant qui sursaute facilement, qui surveille les adultes, qui a besoin d'être rassuré en permanence.
Le travail avec les enfants dans le cadre d'un accompagnement psychocorporel est adapté à leur âge, à leur langage, à leur façon d'être dans le monde. On ne leur demande pas de "parler de ce qui s'est passé". On travaille avec eux là où ils sont — dans leur corps, dans le jeu, dans le mouvement.
La technique EMMETT, par exemple, peut être utilisée avec les enfants de façon très douce et très efficace. Les touchers sont simples, non intrusifs, et les enfants répondent souvent très rapidement — parce que leur système nerveux est encore très plastique, encore très proche de sa capacité naturelle à s'autoréguler.
L'objectif n'est pas de "guérir" quelque chose. C'est d'aider le système nerveux de l'enfant à retrouver un état de sécurité, à partir duquel les comportements se régulent naturellement et les mots peuvent parfois commencer à venir.
La chose la plus importante qu'un parent puisse faire quand il observe ces signaux, c'est de ne pas minimiser ni dramatiser — mais de nommer.
Nommer simplement ce qu'on observe. "Je vois que tu as du mal à dormir ces derniers temps." "Je sens que quelque chose ne va pas pour toi en ce moment." "Tu n'as pas besoin de me dire quoi. Je veux juste que tu saches que je suis là."
Ces phrases simples font quelque chose. Elles disent à l'enfant qu'il est vu. Que ce qu'il vit est réel. Et qu'il n'est pas seul avec ça.
Si les signaux persistent ou s'intensifient, consulter — un pédiatre, un psychologue, ou un praticien psychocorporel formé au travail avec les enfants — est toujours la bonne décision. Pas parce que "c'est grave", mais parce que votre enfant mérite d'être accompagné.
Célina SILVA est praticienne en accompagnement psychocorporel à Orléans. Elle accompagne les enfants et leurs parents dans des situations de stress, de trauma ou de difficultés comportementales, en utilisant des approches adaptées à chaque âge.